Confinement

Con finement
Reprend le temps
Du corps honni
Du Corona

Il vire russe
Il vit rue SE
Sans masque
Sans flasque

Contagion
Coup dans l’fion
Alcool seul
Ah le col !

Sans soucis
L’Italie
Du rire
A mourir

Et la France
Se lance
Elle pense
Sa chance

Patiente
Passe fiente
Temps passe
Tant fasse.

Tout passe.

Loran

Les fesses de la boulangère

Il y avait le soir, il y avait des matins,
Chaque instant du jour pour aller chercher du pain.
Observer, de sitôt, ce que Nature donne de beau.
Voir, de ma boulangère, le bas de son dos.

Elle en vend du bon pain si croquant, si tentant.
De ses jolies mains, la baguette elle me tend.
Et mes yeux, malgré moi, regarde ce derrière-ci,
« Mes fesses, ne valent rien ! » – voilà qu’elle m’en dit.

« Puis-je, Madame, un instant, rêver grivois ?
S’il te plaît, oublie-toi ! Ton cul est pour moi. »
Sur le sujet de ses fesses, j’écris à ma boulangère.
Ça m’a pris quelques hiers, sans quatre fers en l’air.

Avec cinq sens, j’exprimerai
ce qui me reste caché. Je dirais,
ici, ce qu’à ses fesses, je raconterai.

Voir, vu,
qui, de quoi ? de son cul !
A quoi bon regarder
Ce qui a toujours été.
Pour être vu ? Il est vu ce beau cul.

On l’entend se tourner :
« votre baguette, juste dorée ? »
Il exprime de dos toute sa beauté.
L’écouter est un voyage aimé.

Je pourrais le sentir son parfum de farine
Remplir de sa fragrance toutes mes narines.

Le toucher ? Une caresse
qui réjouirait son corps
jusqu’aux dunes de ses fesses
au coucher du soleil, dort.

Gourmand ? Le gouter, le manger tout entier ?
Fayot ou lèche-cul, à quels « seins » se vouer ?

« Il est tard, Monsieur, je suis levée depuis tôt »
me dit la boulangère en me tournant le dos.
« revenez demain, j’aurais toujours du bon pain,
et s’il vous plait, Monsieur, laissez-y votre main ».

En trousse de toilette

Sur les chemins de ma vie
Les espoirs de partir s’offrent.
En avant, je marche et ris
Sous le bras, ma trousse de toilette.

Équipement minime
Pour une vie divine
Ablutions réussis
Marcher en paradis.

Ma vie ainsi troussée, en goguette,
Libre d’aller,
Voyageur comblé.
Vie de poète.

LORAN

La mort de la mouette

Il est mort comme une vieille mouette,
Effondrée, ailes déployées, à la lisière de mer,
Le rêve de famille et d’enfance souriante,
Tué par le terrorisme fou de la méchanceté mère.

J’ai retenu la folie, le temps de deux, nos vies.
J’ai soutenu l’invisible aux yeux de ne rien dire.
Coupable d’avoir aimé, je me retrouve démuni
A mener vingt ans de vie sans droit au soupir.

Elle, belle de ses douze ans, grandie sagement, la juste.
Lui, fort de ses 6 ans, endurci son cœur, la foi.
Eux, si bons, d’être deux, chanteront la vie, leur joie.
Je serais là !

J’ai voyagé en absurdie, territoire opaque de maladie,
Le mauvais rôle dans le triangle, pilier sage de l’affaiblie vivante.
J’ai aimé en loyauté, j’ai reçu la trahison de la terrifiante absente.
Pillage en terre de cœur, vandalisme en caresse et saccage gratuit.

Sous les nuages, m’attendent les étoiles, elles veillent.
Ce bonheur aura d’autres réels et rien ne me volera ma joie.
Elle transforme le vil en subtil et regarde le temps en face. Contempler.
J’accepte, avec d’eux, sagement un nouveau présent.
Mon cœur pleurera longtemps le vol de cette mouette.

LORAN

// Je ne suis pas épris de vengeance mais de justice \\

Le tour de l’Ile

Mon ile a un chemin, sinueux et noir.
Je le traverse souvent quand je n’ai plus d’espoir.
Là-haut, sur ma montagne, je me mets à penser,
A tout ce temps qui passe, à ces nuits à danser.

Au loin, la mer s’étend, à perte de ma vie.
Un hydravion se pose sur la plage infinie.
Mi-oiseau, mi-poisson, il se remplit la panse,
Pour son voyage au sud de sa longue transhumance.

S’affairent, çà et là, des oiseaux merveilleux.
De mon perchoir, je guette un doux moment heureux.
Il existe, parait-il, un chemin disparu,
On y foule le sable doux toujours les pieds nus.

Demain, je partirai sur ce chemin d’espoir,
De promesse de voyages, de tendresse d’un soir.
La caresse forte de l’océan sur mes pieds,
Je ferais le tour de mon ile en entier.

LORAN

Simulacre

Ce soir, elle reçoit ; en pays de simulacre !
En territoire de faux, elle est belle d’apparences.
Ils arrivent, à vingt heures, ce soir pour le sacre,
Au diner du samedi, des amis en carence.

D’amour, ils ont parlé, mais pas vraiment d’aimer.
De fraternité, il fallait, avoir l’air engagé.
Comme ces frères, cette famille, au passé si soudé.
Faire semblant, être présent, simuler l’amitié.

Il y avait là, l’étranger, l’autre, l’absent.
Il vibre de tout son être, respire de toutes ses larmes.
Le spectacle terrifiant des assis bien-pensants,
Qui voient le monde de leurs yeux d’aveugles carnes.

Dans leurs habits de médiocrité, les rassurés bombardent,
Un avis sur tout, les autres, les nuages.
Rien ne change, chez eux, pas même leurs certitudes,
Ils se jurent d’avoir toujours raison quelque-soit leur âge.

L’étranger voyageur quitte, l’esprit vagabond,
L’espace d’un instant, la bien triste réunion.
Rien ne change, plus rien ne bouge,
On s’enivre ensemble à grands canons d’rouge.

Sur les heures égrainées aux rictus faux-semblants,
La nuit épaissie de leur confiance, ils se lèvent et se quittent.
Confusion de rituels et de remerciements.
Sa porte légère se ferme sur ses sentiments.

LORAN

La Crotte

Il marche le cul levé,
Le cabot du bout d’la laisse.
Un p’tit monsieur, de fierté
Trottine, souriant de liesse.

L’humain de l’autre bout,
Regarde du poli fion,
Tomber crémeux et mou,
Un long puant étron.

Il crotte le beau toutou,
Et macule le trottoir
De son popo tout doux,
De son caca du soir.

La queue d’kiki remue
Et toute sa langue se tire
Fier de créer de son cul
La crotte qui fait sourire.

Un long fumet de merde fraiche
Rempli l’espace de la ville port.
Le caca brille de marron blèche
Casse les nez de tous ses spores.

Déjà parti le toutou à papa ?
Bien plus léger et pas moins gras.
Il lui a fait son beau caca !
Qu’il a laissé, pour toi, pour moi.

LORAN

Photo : ELLIOTT ERWITT – NEW YORK, 1974
L’un, immense, l’autre, minuscule, ces citadins à quatre pattes en promenade à Central Park sont comme deux clowns autour de bottes élégantes.

Le lien

Toile fine aux fils d’or et d’azur fins,
Tout ce qui m’existe ne tient qu’à un lien.
Fragile, subtile, doux mais solide,
Subsiste, loin de toi, loin de moi, dans les vides.

Aux sillons des absences déchirant les cœurs,
Un jet de graines d’espoirs, il passe, le semeur.
En chacun de nos vides pousse une lumière,
Cherche le trésor, la promesse d’ailleurs.

Apparences masquées, postures de façade,
Que cesse l’infâme mascarade !
L’apparence d’absence demeure notre lien,
Aucun manque ne saurait devenir le destin.

Qui peut rompre ce qui ne se voit pas ?
Séparer ce vide qui ne se tait pas.
Voici le lien invisible, de lointain, de tendresse,
Devant nos yeux, aux vies humides, se dresse.

Une main me retient, ici, d’ailleurs et de là-bas.
De là, où nous ne reviendrons pas.
Toile fine aux fils d’or et d’azur fins,
Tout ce qui m’existe ne tient qu’à ce lien.

LORAN

Je suis le poète !

Je suis un poète
et les poètes partent heureux,
Laissant derrière eux,
Des vallées colorées
De tendresses et d’amours passionnés.

Ils fuient l’ennuie,
Habillés de mélancolie,
Course sans fin ; pour la vie,
Une autre,
La suivante,
L’avenir en féérie.

Je suis le poète,
Ce riche de la vie, avide,
Ce bienheureux.
Celui qui rit, les poches vides,
Qui danse d’amour au coin d’un feu.

Je suis le poète,
Le troubadour,
L’ami des petits, toujours,
Les yeux brillants des grands.
Je suis le poète depuis trop longtemps.

Ivre de vivre,
L’éternel boiteux,
Je m’envole à partir !
Ta main ; enfin heureux.

LORAN
Marseille – 30/10/2018
après avoir lu « les Déserts de l’amour » de Arthur RIMBAUD

Un matin à l’amante

Bonjour, toi, l’amante aimée,
l’aimante amante
qui m’attire
et me tire
vers tes envies d’aimer.

Un matin s’extirpe
et décrasse le ciel noir.
Il remplit de bleu
l’océan merveilleux
De ce dôme infini.
Fin de la nuit.

Calme, douceur du silence,
masque d’absence, – chut – je me souviens :

De ta main sur la mienne
Et de tes yeux dans mon âme,

Lèvres posées, bouches ouvertes,
nos langues liées dans le goût de rêve.

Et puis ce matin ; l’absence,
Ton absence, notre absence.
Silence.

Le trop de pleins accentue nos vides.
Nos promesses sont de raisons.
Viendra, finalement vite, ce soir et nos passions.

LORAN